Vatican II. Du nouveau du côté du Christ ?

Alain photo à VZ (1)Parmi les écrits de Vatican II, il est un passage étonnant, jamais mentionné, qui mériterait cependant d’être reçu comme clef de lecture pour la mise à jour, l’aggiornamento que propose le Concile. Un texte pour penser la Nouvelle Évangélisation.

 « Car l’Église, (…), n’agit pas ni ne peut agir toujours et immédiatement selon tous ses moyens ; elle connaît des commencements et des degrés dans l’action par laquelle elle s’efforce de conduire à sa réalisation le dessein de Dieu ; bien plus, elle est parfois contrainte, après des débuts heureux, de déplorer de nouveau un recul, ou tout au moins de demeurer dans un état d’incomplétude et d’insuffisance » (Ad Gentes 6).

L’évaluation faite ici par le Concile de l’agir ecclésial ne se rapporte ni à un temps ni à un lieu précis de l’aventure de l’Église mais donne à réfléchir à l’étape que celui-ci inaugure. Étape, car s’il s’était agi de répéter le passé il n’y aurait pas eu besoin de convoquer un Concile (Cf. Jean XXIII). Évaluation qui permet de prendre conscience de la pertinence et du bien fondé de l’événement conciliaire, unique en ses avancées au regard d’une histoire bimillénaire. Une évaluation, un retour sur le vécu, une mise en question, pour aider l’Église à se corriger, se conformer à l’étape de maturité, âge de raison christique où le Concile l’introduit.

Il ne s’agit pas de conformer l’Église à la société moderne ni de la mettre au goût du jour, mais d’ajuster toujours plus les chrétiens à l’Évangile, Parole plus que jamais pertinente à l’ère de l’individualisation et de la mondialisation. Pour conformer toujours mieux les baptisés au Christ (GS 22, 4)… présent par eux au cœur d’un nouvel âge de l’Homme. Sans doute une corrélation saute-t-elle alors aux yeux, entre cette analyse d’Ad Gentes formulée par Vatican II, comme relecture possible de la route de l’Église jusqu’à aujourd’hui, et les points forts justement réactivés, réinvestis, renouvelés par le Concile.

Á un premier niveau, rappelons le renouvellement le plus remarqué aux yeux du grand public, la  réforme liturgique. Á un second niveau, les renouvellements aux implications théologiques fortes (l’ouverture au monde moderne, l’œcuménisme, la vocation des laïcs baptisés, la collégialité…).  Mais tout ne serait pas encore dit  si l’on ignorait le renouvellement à un troisième niveau, occulté par les deux premiers (point aveugle ?) et cependant à leur principe, à savoir un aggiornamento concernant la figure même du Christ.

Osons la question : Vatican II, Concile christocentrique, ne nous invite-t-il pas à raviver une compréhension du Christ jusque là mise en « recul », en stand by ? La figure oubliée d’un Christ « principe et modèle d’humanité rénovée » (AG 8) faisant « participer les Hommes à la nature divine » (DV 2 ; AG 3). Ne nous invite-t-il pas à faire valoir une posture de l’Homme sujet, une identité éclipsée, que les baptisés redécouvrent avoir en commun avec le Christ Jésus, grâce à la communication de « son influx vital » (AG 5) : l’Homme Christ ?

Une année de la foi s’offre aux baptisés pour examiner si, au cours des vingt siècles de son histoire, l’Église n’a pas eu dans ses paroles, ses actes et son fonctionnement « après des débuts heureux » à « déplorer de nouveau un recul ». Sur quelles questions, dans quels domaines ? Ne serait-ce pas manifeste en ce qui concerne la compréhension du Christ ? Recul pour un temps, exil ayant contraint la Parole de l’Église sur le Christ à « demeurer dans un état d’incomplétude et d’insuffisance ». Avec le Concile sonnera l’heure d’une « profonde rénovation intérieure » (AG 35), amorce d’une conversion conduisant les baptisés à la conviction inouïe que l’ADN du divin et l’ADN des humains sont appelés à entrer en conversation, à faire œuvre commune, cause commune, « dans le Christ ». Á y devenir un même être (LG 7).

L’Évangile qui annonce le Christ Jésus comme la figure de l’Homme accompli, « Voici l’Homme ! », n’aurait-il pas eu raison trop tôt, venu au monde prématurément, à une époque et où, pour de longs siècles, une société déiste et des autorités théocratiques, induisaient un Christ impérial qui confisquait le plein déploiement de l’HommeChrist, de l’homo christianus ? Avec Vatican II, l’enjeu d’un solide aggiornamento, d’une mise à jour de la confession du Christ et d’une confession de l’Homme « dans le Christ », s’invite en notre Parole. Ne serait-ce pas le levier et l’épine dorsale qui manquent encore à la Nouvelle Évangélisation, Nouvelle Parole du Christ ? Ou bien aurions-nous déjà tout compris, formulé et vécu du Mystère du Christ et du Mystère de l’Homme ?

Où, comment et avec qui tisser les fils de cette nouvelle étape christologique ?

 Alain Weidert, à Chalvron près du Christ de Vézelay.

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2 Commentaires

Classé dans comprendre le Concile

2 réponses à “Vatican II. Du nouveau du côté du Christ ?

  1. claudine onfray

    superbe interrogation et défi pour notre Eglise
    essayer de comprendre quel est le sens profond de l’incarnation pour aujourd’hui?
    oui qui est cet Ecce Homo ? quel visage de Dieu nous montre t-il?
    Il est celui qui marche et mange avec chacun, qui écoute, console,guérit, remet debout, pour qui la loi est faîte pour l’homme et non l’inverse , qui rend la vie , qui aime , qui pardonne sans compter , qui traverse et fait traverser la mort.
    à nous de le méditer et d’en être les témoins

  2. Paul Durand, 30 Chemin de la Boudoumie, Villefranche de Rouergue

    Depuis que le vie m’a offert une foi d’adulte je me suis beaucoup méfié du Christ. Restauration de David, Christ Roi, oingt du Seigneur, assis à la droite du Père, etc… etc… Votre adaptation du Christ dans l’aggironamento de l’Église confirme donc pour moi la possibilité de donner la priorité à Jésus, à ce que nous savons de Lui par les Évangiles et les recherches historiques. Elle en confirme aussi la nécessité.
    Car il y a plusieurs aggiornamento (i?) à faire: celui de l’Église est le plus urgent. Celui du Christ sera aussi fertile en révisions, ajustements et dépouillements de sottises plus idolâtres que que chrétiennes. La restauration de l’humanité de Jésus dépouillé de ses oripeaux mythologiques devrait être le plus fécond pour une plus juste approche de l’Incarnation, de sa spécificité religieuse, de son « énormité » antrhopologique.
    paul.durand99@orange.fr

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