Vatican II, la liturgie

Par Pierre Faure, s.j.*
Si le sujet de la liturgie est venu en premier c’est d’abord parce que les évêques étaient majoritairement préoccupés par le manque de participation des fidèles au contenu de la liturgie, et par le « ritualisme » et le formalisme dont souffraient en général les célébrations. Mais c’est aussi parce que, depuis quarante ans, en plusieurs pays d’Europe, des recherches, des études, des mouvements, des créations étaient apparues, qui traduisaient une aspiration croissante des fidèles et de très nombreux prêtres, à une liturgie plus compréhensible, plus priante, plus vivante, donnant une plus large place à la Bible, au chant en langue du pays, etc. Beaucoup de ces aspirations à une rénovation de la liturgie catholique avaient été reconnues par le pape Pie XII dans l’encyclique Mediator Dei en 1947, qui consacrait ce qu’on a appelé le « Mouvement liturgique ». Ce mouvement, né en Belgique au début du vingtième siècle, cherchait à aider le peuple chrétien à prier avec la liturgie, et à en nourrir sa vie spirituelle. Le pape Pie X disait : « La participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Eglise est la source première et indispensable du véritable esprit chrétien. » Car, le plus souvent, les fidèles lisaient, individuellement et en silence, des prières privées en français pendant que le prêtre célébrait, le dos tourné au peuple, des rites cachés et avec des prières en latin. Et dès le début du XXème siècle plusieurs éléments de la liturgie furent réformés. En 1905 Pie X restaure la communion fréquente, transformant un état de chose plus que millénaire. Sous le pontificat de Pie XII (1938-1958) sont publiés des rituels bilingues (latin-français) dans lesquels les langues vivantes reçoivent droit de cité en liturgie. En 1951 Pie XII restaura la célébration nocturne de la Vigile pascale, puis la rendit obligatoire en 1955. En France, le renouveau biblique, patristique, oecuménique, théologique de ces années soutenait aussi de mille manières le mouvement de renouveau liturgique : le Centre de pastorale liturgique est fondé en 1943, la revue La Maison-Dieu en 1945, l’Institut Supérieur de Liturgie en 1956.

Si bien, qu’à l’ouverture du concile Vatican II, les études, les projets, les propositions, les experts étaient prêts pour un renouveau liturgique à l’échelon de l’Eglise universelle. La Constitution Sacrosanctum Concilium était à la fois l’aboutissement du « Mouvement liturgique », et le point de départ d’un retour aux sources d’une ampleur encore jamais vue dans l’Eglise.

L’essentiel de ce projet se trouve dans le premier chapitre (22 pages) « Principes généraux pour la restauration et le progrès de la liturgie ». La liturgie y est définie comme « sommet et source de la vie de l’Eglise » et célébration du Christ « dans le mystère pascal de sa bienheureuse passion, de sa résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse ascension, mystère pascal par lequel ‘en mourant il a détruit notre mort, et en ressuscitant il a restauré la vie’ ».

Puis, après avoir insisté sur la nécessité de former des professeurs de liturgie, et de veiller à la formation liturgique des prêtres et des fidèles, la Constitution précise des normes pour la restauration de la liturgie : ouvrir plus largement la Bible dans la liturgie, réviser tous les livres liturgiques, par-dessus tout permettre la participation active des fidèles, harmoniser et réviser les rites qui devront manifester « une noble simplicité », usage possible de la langue du pays selon le choix des évêque de la région. Enfin, reprenant les paroles de Pie XII au Congrès liturgique d’Assise en 1956, le texte affirme : « Le zèle pour l’avancement et la restauration de la liturgie est tenu à juste titre pour un signe des dispositions providentielles de Dieu sur le temps présent, comme un passage du Saint-Esprit dans son Église. »

Dans le chapitre 2 « Le mystère de l’eucharistie » (11 pages), le texte redit le lien interne entre l’eucharistie et le mystère pascal du Christ, et insiste d’abord sur la participation des fidèles, dont on sent qu’elle était le premier souci des évêques. Les nouveautés sont la restauration de l’homélie, de la Prière universelle, de la communion sous les deux espèces et de la concélébration.

Le chapitre 3 (6 pages) concerne les sept sacrements, et les sacramentaux comme les funérailles et la profession religieuse. De nouveau est redit le lien entre le mystère pascal du Christ et les sacrements et sacramentaux. L’initiation chrétienne en ses trois sacrements : baptême, confirmation, eucharistie, est restaurée.

Le chapitre 4 (6 pages) indique les voies de rénovation de la Liturgie des Heures (ou Office divin).

Le chapitre 5 (4 pages) donne les principes de rénovation de l’année liturgique, notamment pour qu’y soit plus lisible la célébration du mystère pascal du Christ.

Le chapitre 6 (5 pages) s’occupe du rôle de la musique dans la liturgie, pour dire notamment que « la musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique… ».

Le chapitre 7 et dernier (5 pages) concerne l’art sacré et le matériel du culte : objets et vases liturgiques, vêtements, décoration et aménagement des églises.

Un énorme travail de traduction, de révision et d’adaptation de tous les livres liturgiques s’en suivit dans toutes les zones linguistiques, de 1964 à 1969 sous l’autorité du Conseil pour l’application de la Constitution sur la liturgie.

* Pierre Faure, diacre jésuite, liturgiste, a longtemps travaillé au Centre National de la Pastorale Liturgique. Il est actuellement directeur du centre spirituel de Penboc’h, dans le Morbihan.

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1 commentaire

Classé dans comprendre le Concile

Une réponse à “Vatican II, la liturgie

  1. Jean-Pierre Gosset

    Alors en effet ce fut une bonne nouvelle. Qu’en reste-t-il?
    La liturgie qui extériorise la communauté était l’écume de non-dit profond dont certains, abordés par le concile, donneront lieu à des compromis subtils – pour obtenir une majorité « soviétique »- qui furent le vers dans le fruit. On sait le poids de quelques phrases ou mots glissés dans un texte et qui permettent aux « ultra déformateurs » de dire aujourd’hui qu’ils appliquent, eux, le vrai concile. Quant au fond des difficultés, présentes à l’esprit des pères œuvrant au XXème siècle, mais encore tabous – pouvoir clérical, désacralisation, Credo …- P6 les renvoya aux calendes grecques.
    Il était urgent et facile de traiter de la liturgie; il est désolant de constater ce que, l’âge venu, l’ex-jeune théologien JR a fait : la liturgie est redevenue LE sujet clivant qui aide l’institution à ne pas traiter du fond.
    La liturgie sert, aujourd’hui comme hier, à botter en touche !

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