Les grandes étapes du Concile


Par Daniel Moulinet*

 

Quand s’ouvre le concile, le 11 octobre 1962, sa voie pourrait paraître toute tracée. Les commissions préparatoires ont élaboré 70 schémas environ, dont plusieurs ont été déjà adressés aux Pères conciliaires. Ceux-ci, certes, vont les amender, mais peut-être se contenteront-ils de modifications mineures, respectant leur structure. En fait, il en ira tout autrement : le concile s’affirmera comme un groupe constitué, prenant ses responsabilités et décidant de ses orientations.

La première question, qui se pose dès le 13 octobre, est celle de l’élection des membres des commissions qui auront la charge du « suivi » de l’élaboration des textes. Les Pères doivent choisir 16 d’entre eux pour chacune des dix commissions. Mais comment le faire puisqu’ils ne se connaissent pas ? Réélire les membres naguère désignés pour les commissions préparatoires – la solution la plus simple – serait de renoncer de facto à leur droit d’électeurs. Le cardinal Liénart, évêque de Lille, réclame et obtient un délai pour constituer des listes communes facilitant le choix.

Une autre initiative française, qui revient à des théologiens mais reçoit le soutien des évêques, c’est d’adresser un « message au monde ». Même s’il n’a pas le statut de texte conciliaire, il manifeste clairement à l’opinion le souci des Pères de faire leurs les préoccupations du monde et de les porter dans leur réflexion.

Après avoir abordé le schéma sur la liturgie qui ne pose pas de problème majeur, les Pères examinent le schéma sur la Révélation à partir du 14 novembre 1962. La perplexité les envahit : si certains acceptent le schéma comme base de départ, d’autres le refusent carrément, jugeant sa problématique contraire à l’orientation œcuménique impulsée par Jean XXIII au concile. Devant cette incertitude, le conseil de présidence propose, le 21 novembre, un vote sur l’acceptation du texte comme base de discussion. Mais la question est posée à l’envers : le texte doit-il être renvoyé en commission ? La différence est importante, dans la mesure où la majorité des 2/3 est requise. Poser la question ainsi présuppose que le texte est a priori valable et que c’est aux adversaires de faire la preuve de leur nombre. Le résultat est ambigu : 60 % des Pères repoussent le texte. La majorité qualifiée n’est pas atteinte ; en principe, la discussion devrait continuer, malgré le désaveu mathématique. C’est alors que Jean XXIII décide de retirer le schéma et de confier sa refonte à une Commission mixte (Commission doctrinale – Secrétariat pour l’unité des chrétiens), réaffirmant ainsi l’orientation œcuménique initiale.

Début décembre, quand on en vient à examiner le schéma sur l’Église élaboré par la Commission doctrinale, plusieurs des Pères, dont Montini, archevêque de Milan et futur pape, le jugent insuffisant. Il sera lui aussi repris et proposé dans une nouvelle version, lors de la 2e session.

Si le bilan de la 1re session est maigre – aucun texte n’a été voté –, l’entité conciliaire a commencé à prendre corps : les Pères ont noué des contacts les uns avec les autres et avec les observateurs chrétiens non catholiques. Les fruits sont à venir.

En 1963, le pape a changé, c’est Paul VI, qui avait approuvé chaudement l’idée du cardinal Suenens (Bruxelles) de centrer le travail conciliaire selon une double orientation : l’Église ad intra et ad extra, l’Église scrutant son mystère et réfléchissant sur son rapport au monde.

Du coup, le nouveau schéma sur l’Église est au centre de la discussion. Les quatre modérateurs, qui dirigent les débats, proposent, le 30 octobre, un vote d’orientation, invitant à centrer l’ecclésiologie sur le collège des évêques et proposant la renaissance du diaconat permanent. La constitution sur la liturgie est votée, dont la mise en œuvre pourra débuter au printemps 1964.

Lors de la 3e session, la constitution sur l’Église est adoptée à la quasi-unanimité. Le texte sur les relations de l’Église avec les juifs évolue vers une déclaration sur les relations avec l’ensemble des religions non chrétiennes. Mais les tensions demeurent très vives sur la liberté religieuse et encore plus quand Paul VI, soucieux d’unanimité, annonce que le schéma sera revu par un groupe dont feraient partie des opposants. Une protestation de quatorze cardinaux fait échouer le projet. La session se termine dans une atmosphère de tension, que ne tempère pas, sur le moment, l’adoption du décret sur l’œcuménisme.

La 4e session est celle de la récolte, avec l’achèvement de deux autres constitutions, sur la Révélation et sur les relations de l’Église avec le monde de ce temps. La déclaration sur la liberté religieuse, soutenue à la fois par les évêques américains et ceux d’au-delà du rideau de fer, est adoptée.

Ce texte, suivi de la levée des excommunications avec Constantinople, ouvre des temps nouveaux en concrétisant un rapport inédit du catholicisme avec le monde : l’Église abandonne son armure de combat antiprotestante pour écouter la rumeur du monde tel qu’il est.

*Daniel Moulinet est prêtre du diocèse de Moulins, professeur à la Catho de Lyon, auteur entre autres, de : Vatican II raconté à ceux qui ne lont pas vécu,
Paris, l’Atelier, 2012, 112 p.

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