Jean XXIII, portrait

    Par Christine Pedotti

À tout Seigneur, tout honneur, la série de portraits des « hommes du concile » se devait de commencer par celui à qui on le doit, Angelo Roncalli, devenu Pape le 28 octobre 1958 sous le nom de Jean XXIII. Il succède à Pie XII, immense intellectuel dont la haute stature, le visage émacié, les petites lunettes cerclées avaient sculpté dans les esprits l’image idéale du pape. Le bon Roncalli n’a vraiment rien pour supplanter ce pape au maintien altier. C’est un petit bonhomme, porté sur la bonne chère et tellement rondouillard que le tailleur ne savait pas comment le faire entrer dans la soutane blanche pour qu’il se présente au balcon lors de son élection, de sorte qu’il fallut la découdre dans le dos. Son élection n’a d’ailleurs pas été facile, quatorze scrutins ont été nécessaires pour réunir une majorité sur son nom. Il est très loin d’être « le premier choix ». Il est le candidat du compromis, celui qui permettra d’attendre un prochain conclave plus décisif. La chose ne devrait d’ailleurs pas être très longue, l’impétrant a 77 ans. Voilà donc le « pape de transition » que les cardinaux ont choisi « en attendant », un fils de paysan de Bergame, ayant fait l’essentiel de sa carrière dans la diplomatie vaticane où il est longtemps demeuré un obscur fonctionnaire. Il a été en poste en Bulgarie, puis en Turquie et en Grèce, avant d’être nommé en catastrophe à Paris, là encore, faute de mieux, en remplacement du précédent nonce (ce dernier s’étant montré trop compréhensif avec le gouvernement de Vichy, au goût du très catholique, mais patriote intransigeant, Charles De Gaulle). Roncalli est reconnu pour sa bonhommie personnelle et sa rigoureuse obéissance au pape. Les évêques qui l’ont vu à l’œuvre dans le triste épisode des prêtres ouvriers n’ont pas de raisons de soupçonner que ce nonce-là sera l’homme du changement. Fin 1953, Angelo Roncalli quitte Paris pour devenir patriarche de Venise. À l’occasion, il devient cardinal. L’épisode vénitien, qu’il croit être le dernier de sa carrière, est pour lui un bonheur. Enfin il a un peuple dont il est le pasteur, une première alors qu’il est prêtre depuis 50 ans. Mais de fait, le bonheur est partagé : les Vénitiens tombent sous son charme. Ils ne sont que les premiers, le monde entier va suivre. En octobre 1958, lorsque le cardinal Roncalli et son fidèle secrétaire, Loris Capovilla, prennent le train pour se rendre à Rome pour l’élection du nouveau pape, ils achètent par précaution le billet de retour.

Mais qu’a donc ce nouveau pape, qui cette fois a une soutane adaptée à sa lourde taille, pour tant plaire aux journalistes et aux foules ? Petit, se tenant vouté, on hésite entre le bedeau et le curé de campagne. Et en plus, il sourit… Et non seulement il sourit, mais il parle ! Eh oui, il bavarde volontiers avec les journalistes. Il se montre à la fois tranquille, drôle, attendrissant, simple. Bref, en quelques semaines, il est devenu le grand-père que tout le monde voudrait avoir. On ne le nomme plus que « le bon pape Jean ». Mais cette bonhommie cache un cœur enflammé. Et c’est le feu d’une nouvelle Pentecôte que ce pape veut allumer.

Quatre vingt-dix jours après son élection, il annonce son intention de réunir un Concile et jette son administration dans la stupeur. Près de quatre années plus tard, il a la joie de voir les 2500 évêques et supérieurs de grands ordres religieux rassemblés dans Saint-Pierre. Hélas, lui sait déjà que les douleurs abdominales qui le tenaillent sont le signe du cancer qui va l’emporter. Une première crise manque de le terrasser avant la fin de la première session du Concile. Il résiste, le temps de faire les arbitrages qui permettront à la majorité conciliaire qui veut le changement de se faire entendre malgré le mauvais gré de l’administration vaticane, le temps aussi de publier l’encyclique Pacem in Terris, adressée aux hommes et aux femmes de bonne volonté de la Terre entière. Du jamais vu. Il s’éteint le 3 juin 1963, au soir du lundi de Pentecôte, laissant le monde entier endeuillé. Le conclave des cardinaux élit à sa suite Giovanni Battista Montini, cardinal archevêque de Milan, qui prend le nom de Paul VI et prend immédiatement la décision de poursuivre le Concile.

 

 

Discours de Jean XXIII sur la place St Pierre prononcé le 11 octobre 1962, le soir de la célébration d’ouverture du concile de Vatican II

Advertisements

2 Commentaires

Classé dans les hommes du Concile

2 réponses à “Jean XXIII, portrait

  1. MERCI Gilles
    cet instant en disait long
    il était en phase avec le monde
    la bonté se manifestait
    qu’en est-il aujourd’hui???

  2. Gilles

    Traduction (approximative) du Discours à la Lune, prononcé par Jean XXIII au soir du 11 octobre 1962, jour d’ouverture du concile Vatican II.

    « Chers Fils, j’entends vos voix. Je n’ai quant à moi qu’une voix, mais elle récapitule toutes les voix du monde. Ici le monde entier est représenté. On dirait que la lune elle-même est venue en hâte, ce soir, pour regarder ce spectacle, que la basilique Saint-Pierre, qui pourtant a quatre siècles d’histoire, n’avait jamais pu contempler.
    Ma personne n’a aucune importance, ce n’est qu’un frère qui vous parle, devenu Père par la volonté de Notre Seigneur. Tous ensemble, fraternellement, par la grâce de Dieu, honorons la grandeur de cette soirée.
    Que nos sentiments soient toujours comme nous les exprimons en ce moment, devant le ciel comme devant la terre : foi, espérance, charité, amour de Dieu, amour des frères…
    En rentrant chez vous, vous trouverez vos enfants, faites-leur une caresse, et dites-leur : ‘C’est la caresse du Pape.’ Vous trouverez quelques larmes à essuyer…. Dites une parole de bonté : ‘La Pape est avec nous, tout spécialement pendant les heures de tristesse et d’amertume.’ »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s